Franck Cannarozzo de l'UMP à Aulnay sous Bois a bien voulu répondre aux questionnaire sur le regard des élus sur les quartiers. Je l'en remercie
1/ Pouvez-vous vous présentez ( vous, votre parti politique…)
Je suis Frank Cannarozzo, je suis né à Aulnay il y a 40 ans. J’y vis, j’y travaille et je sers mes concitoyens comme adjoint au Maire depuis 2001. j’ai en
charge les questions de sécurité et d’environnement. Je suis également le président du Conseil de Quartier de la Plaine (qui rassemble les quartiers de Balagny jusqu’à la Rose des Vents) depuis
2003 et président de l’association Mission Ville depuis 2003, association qui réalise concrètement des projets de politique de la ville.
En dehors de ces attributions locales, je suis également membre du comité exécutif du Forum Français pour la Sécurité Urbaine, association de plus de 120
villes en France (dont Paris, Lyon, Nantes, Bordeaux, Marseille, etc.…) depuis 2004 et enfin je suis membre depuis cette année, sur proposition de l’Association des Maires de France, du Conseil
Technique de la Prévention Spécialisée, organe national de conseil auprès du ministre des affaires sociales Christine Boutin. Il faut noter que seules 4 villes et 4 départements siègent dans
cette instance.
Pour ce qui est la partie politique, j’ai été dans les premiers adhérents (3000 et des poussières) à l’Union En Mouvement qui deviendra l’UMP. J’y exerce
aujourd’hui la fonction de délégué de circonscription pour Aulnay et Pavillons.
2 /Dans votre quotidien en tant qu’élu (ou personnalité politique de la ville) quels sont les actions que vous
menez en faveur des quartiers nord de la ville et de ses habitants ?
Je les mène sur 3 plans :
D’abord sur les questions de sécurité en luttant contre les trafics, l’économie souterraine, les vols à la portière et les agressions qui sont les principaux
fléaux d’aujourd’hui. Mais il ne faut pas croire que ces quartiers sont plus durs qu’ailleurs, d’une façon générale quand on compare, on s’en sort plutôt très bien compte tenu de
l’environnement de la Seine Saint Denis et du contexte socio-économique.
Ensuite sur les questions sociales à travers la Mission Ville qui a pour objectif d’amener les habitants à faire quelque chose de positif pour leur quartier,
en leur démontrant par l’exemple que cela est possible. Ainsi j’organise chaque année 4 évènements-phare capables pendant une journée de réunir des milliers de personnes sur un même lieu. Il en
va ainsi de la journée de l’exploit qui deux fois par an circule sur la ville. Les dernières éditions à Mitry-Ambourget et à la cité de l’Europe ont réunis plus de 2100 et 2600 personnes sur
les activités et 4 fois plus en terme de fréquentation. Il en va ainsi également de la Journée à la Ferme, ou une vraie ferme s’installe avec ses activités et ses animaux. Mais également d’une
fête de fin d’année, souvent en même temps que le Téléthon, dont le but est plus festif et plus caritatif. Comme nous tournons de quartier en quartier, nous avons à présent une équipe de jeunes
bénévoles qui nous suivent et participent. Cette association a aussi au quotidien deux activités majeures : l’une de soutien au tissu associatif. Ainsi l’EMJF, Petit-Ange, VNR, Cœur des
Enfants, Melting Potes, notamment ont bénéficié ou bénéficie d’un soutien par la prise en charge financière d’une partie de leur charges occasionnées par des projets orientés vers la jeunesse
ou les familles. Enfin la dernière activité est une activité de soutien familial dans le quartier de Mitry-Ambourget qui ne possède pas à ce jour de centre social.
Enfin sur la question du dialogue, j’organise beaucoup de réunions avec l’aide d’associations, ou des centres sociaux pour expliquer aux habitants et
notamment aux jeunes, la politique, la politique de notre ville, l’amélioration des rapports des habitants avec leurs élus, leurs institutions, notamment la police et les entreprises. J’ai
notamment expérimenté des réunions entre jeunes directement sur le quartier avec des entrepreneurs pour que ceux-ci les parrainent dans leur recherche de formation ou de travail. Cela
s’institutionnalisera à la rentrée et je ferais de même entre jeunes et police.
3/On dit souvent que dans les quartiers que ses habitants se sentent délaissés par les instances politiques, qu’ils
regrettent le manque de considération à leurs égards. Etes-vous d’accord avec eux ?
C’est vrai pour le sentiment mais c’est faux en réalité. C’est vrai parce quand on est dans le besoin, l’horizon c’est maintenant. Or la réponse aux
problèmes d’emplois, de logements, de sécurité c’est forcément du long terme qui ne dépend pas, en plus, du seul bon vouloir de la ville.
Ensuite, dans des quartiers qui réunissent plus de 38 000 habitants, même si vous y passez beaucoup de temps, c’est très difficile de voir chacun pour
prendre le temps de discuter, d’entendre un problème, d’où le sentiment de délaissement qui est parfaitement compréhensible. Moi-même qui y passe une grande partie de mon temps d’élu, je ne
suis jamais au bout de mes rencontres.
Enfin, la qualité urbaine s’était tellement détériorée qu’elle creusait encore plus le sentiment nord-sud de la ville. Pour le coup, je pense que les énormes
travaux sur ces quartiers vont montrer que le beau aussi a sa place au nord de notre ville.
4/ Estimez-vous que la majorité municipale en exercice sur Aulnay a une part de
responsabilité ?
Bien sûr, l’inverse serait absurde. Mais il faut regarder plus loin que le petit bout de la lorgnette. Qui peut dire que le sentiment est différent dans les
mêmes quartiers de Sevran, Stains, Saint-Denis, Bondy ou ailleurs en Seine-Saint-Denis ? Malgré les différences de couleur politique, les problèmes sont les mêmes et le ressentiment
également. Il ne s’agit donc pas d’un problème aulnaysien mais d’un problème départemental. Et là on est sûr d’une chose, en plus de 40 ans, ce sont toujours les mêmes qui ont gérés et obtenus
de tels résultats catastrophiques. Mais pour savoir ce que la majorité municipale a fait de différent, il faut aller voir dans ces autres villes du département, et là vous verrez, en toute
modestie, que l’on s’en tire mieux que Clichy, Romainville ou Saint-Denis. Mais cela est difficile à comprendre et accepter, et je le comprends.
5/ En Novembre 2005, la colère des jeunes grondait dans les quartiers. Avec du recul, la comprenez-vous ? Quelle
est votre analyse sur les moyens apportés aux quartiers depuis ces événements ?
Attention à ce que l’on met derrière ces évènements. La colère des jeunes est une bien grande explication pour des phénomènes divers, sans liens entre eux et
qui n’ont en commun que le résultat. J’ai participé à l’initiative du Premier Ministre à l’enquête que le Cabinet d’Analyse Stratégique a fait à ce sujet sur Aulnay entre autre. Et il faut
distinguer trois phénomènes :
Le premier est l’incompréhension par les jeunes du drame de Clichy et de sa suite judiciaire et politique cacophonique. Tout le monde s’est exprimé trop tôt
car l’opinion voulait une raison, une explication, or personne ne savait réellement ce qui s’était passé. Le temps est une nécessité à la raison que les médias ont tué il y a maintenant
longtemps. Les jeunes ont interprété cette cacophonie comme une injustice volontaire.
Le second est que très rapidement autour de jeunes choqués par cela, est apparu rapidement des habitués des troubles. En effet, ce n’est pas à l’école que
l’on apprend à démarrer des voitures sans leurs clés, à les retourner sur le toit, à couper l’éclairage public dans des armoires de rues, à faire des cocktails Molotov après avoir vider le
contenant alcoolisé. Enfin je voudrais dire clairement que des coffres de voitures remplies de bidon d’essence, un entrepôt qui se fait délester de 80 écrans plats, un restaurateur racketté, un
autre menacé, etc., relèvent véritablement de la délinquance et non de la colère des jeunes. Il faut donc voir à côté de ces jeunes en colère, des délinquants professionnels qui ont largement
profité de l’occasion pour amplifier le mouvement et se livrer à leur règlement de compte.
Enfin Aulnay n’a pas eu de chance car le feu allumé à Clichy le dernier jeudi soir d’octobre s’est répandu rapidement dans le département et que du samedi 28
octobre au mardi 1 novembre, ce fut un long weekend-end férié qui nous a privé de tous nos moyens d’action habituels. Seuls la police et les pompiers étaient sur le pont. La
ville n’a pu mettre ses moyens en œuvre qu’à partir du 2 novembre et tout cela a cessé le 4, ce qui est mieux qu’ailleurs en terme de durée. J’ajoute enfin que s’il n’y avait pas eu ce pont et
ce match au stade de France le 2 au soir, nous aurions eu les moyens d’agir vite et les dégâts n’auraient jamais été cela.
Par rapport aux jeunes, et je ne parle pas des délinquants, j’ai vu deux problèmes majeurs que je m’attache à résoudre : le lien avec les entreprises,
le lien avec la police. Dans ces deux cas j’ai engagé le dialogue et cela fonctionne, je vais donc poursuivre.
Pour le reste des moyens la ville avait déjà engagé la rénovation urbaine, la zone franche économique, la maison de l’emploi qui doivent à terme résoudre les
questions de logements et d’emploi. Nous avons donc accéléré le pas.
J’espère vous avoir pleinement répondu. Je reste à votre disposition pour plus d’informations.